Trois personnages représentatifs de notre époque – Volonté de Pouvoir, Amour Naïf et Cœur Fourbu – subsistent fébrilement sur un toit entouré d’eau. Tels des rescapés de l’Arche de Noé, seuls survivants à avoir échappé au déluge dévastateur, ils tentent de sauver leur peau et peut-être même – s’ils s’en révèlent capables… – celle de l’Humanité toute entière. Le problème, dit l’un d’entre eux, n’est plus de savoir ce qu’on attend mais ce qui nous attend. C’est ce que nous découvrirons avec eux, grâce à l’écriture poétique et drôle de Jean-Pierre Siméon.

Une fin du monde comme vous ne l’avez jamais vue, à la fois farce satirique et parenthèse poétique où les répliques acérées et l’humour grinçant nous permettent de traverser avec ces trois hommes une sorte de parcours initiatique où chacun se révélera.

Le travail d’Antoine Marneur et de toute son équipe est à mes yeux remarquable et procure un formidable moment de théâtre comme pour ma part je l’aime, assumé dans ses formes et ses intentions, sans fuir la gravité du propos mais l’allégeant par l’humanité et la vérité des comédiens. Remarquable aussi le parfait équilibre des moyens, scénographie, lumières, son et vidéo : tout est comme il faut, dans la suggestion, l’ellipse qui nourrissent mille fois plus l’imaginaire du spectateur que  la surenchère des moyens. Mais il y a plus encore pour l’auteur que je suis : l’épatante maitrise des quatre comédiens dans l’articulation du texte dont il font tout entendre sans escamoter les difficultés du vers, les contrastes du ton et des registres, rendant cette poétique concrète, souple à l’oreille, accessible à tous. Je leur en sais quant à moi profondément gré. 

Jean-Pierre Siméon